Suède. Banlieue de province. Un été caniculaire. Voilà le cadre de ces deux pièces du dramaturge suédois Lars Norén, récemment disparu. Biographies d’ombres suit l’évolution d’une famille populaire empêtrée dans les non-dits. Magnus, le fils, est en voie de radicalisation idéologique. Sa jeune sœur étouffe sous l’emprise du père brutal tandis que la mère est prête à tout pour maintenir l’équilibre précaire de son foyer. Derrière le vide angoissant de leurs échanges, pèse un lourd secret. Froid met en scène Keith, Anders et Ismaël, trois lycéens fascinés par les théories de la suprématie blanche. Ils se retrouvent à la fin des cours, parlent foot et boivent des bières. Karl, un camarade de classe d’origine coréenne adopté par une famille suédoise aisée, croise leur chemin. Il cristallise leur fureur.
Présentées bout à bout, les deux pièces se répondent et se renforcent. Dans le premier volet, Lars Norén montre comment des idées haineuses naissent au sein de la cellule familiale ; dans le second, comment elles s’exercent jusqu’au meurtre, avec une sorte de joie malsaine. Lorsque la promesse d’égalité sociale n’est pas tenue, les frustrations et les amertumes prolifèrent. Et, dans ces récits, la violence s’impose comme seul moyen d’expression et de contestation, conduisant des jeunes gens à accomplir un destin de bourreaux. Quelle liberté d’action reste-t-il, lorsque le déterminisme social semble être la seule boussole de la vie ?
Brute et minimale, la mise en scène de Claude Leprêtre épouse l’écriture de Lars Norén. Elle met à distance la violence constante des situations, pour tenter d’en comprendre les mécanismes. Les acteurs sont disposés autour d’un carré central, se préparant à prendre la parole. Sur le ring, ils s’immergent dans la narration ; hors jeu, ils portent un regard clinique sur l’histoire. Les corps sont rigides, tendus ; la langue lapidaire, sèche. La musique métal accompagne l’asphyxie.
Après Le Retour de Harold Pinter, Froid / Biographies d’ombres est la seconde création du Collectif 70, constitué d’acteurs et de techniciens majoritairement formés à l’ENSATT. Lauréat de la première édition du Prix Incandescences, coorganisé par le TNP et les Célestins – Théâtre de Lyon en 2022, ce diptyque prend à bras le corps la question de l’origine de la violence.
Prix:
162 rue Louis Becker Villeurbanne, Villeurbanne
Du 13 mars 2024 au 15 mars 2024